Le pari pour les municipales de 2020.
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Les enjeux planétaires sont aujourd’hui largement entendus et l’urgence d’agir établie. Des millions d’individus, avec un niveau de perception plus ou moins grand, ont envie que la société devienne une société écologique et solidaire. Ils perçoivent la nécessité d’une justice sociétale, sociale et climatique.

Pour beaucoup, trouver quel engagement citoyen aura un intérêt, pour lui-même, pour ses enfants, pour la nature, est une gageure, tant les messages sont multiples et brouillés. Et puis, il y a tellement peu d’endroits où échanger, où confronter ses sensations. Et puis, il a le nez dans le guidon, il ne peut pas se relâcher. Pour s’engager, il doit se remettre en cause et c’est difficile, presque injuste. Il en veut à tous ces engagés qui, malgré leur motivation, ont perdu la main et n’ont rien fait, et, surtout, il en veut à tous ces élus, il dit « ces politiques », qui ont mené le monde à sa perte, parce que, cela, il commence à le percevoir.

Alors, il va devoir encore voter, voter pour des gens qui vont le représenter et qui, une fois élus, feront ce qu’ils veulent ou ce qu’ils peuvent ; il participe à créer lui-même une « oligarchie »(1) institutionnelle bien peu démocratique, et, lui, simple individu, n’aura plus rien à dire. Il ne sera même plus un citoyen au sens noble du terme. Il sera juste parfois sommé d’être un « ecocitoyen » Mais, lui, il sait qu’il ne pourra pas faire tout seul… Alors, avec qui ?

Sûrement pas avec des partis, rassemblés ou pas, qui se satisfont de ce mandat représentatif, lequel démontre tous les jours qu’il permet un accaparement des communs par les élus, un accaparement de leur vie.

Alors, ils vont élire le plus représentatif de leur colère. Tant qu’à faire de donner la main à quelqu’un, autant élire quelqu’un qui exprime le même dégout ; à ce moment-là, les valeurs n’ont plus leur place, seule la nausée guide.

Alors, que faire ? S’engager à faire mettre en place un « mandat impératif »(2). Trop compliqué à mettre en place, trop compliqué à établir ?

Pour les élections municipales de 2020, nous pouvons, dès aujourd’hui, non pas rassembler une force politique partidaire – c’est perdre notre énergie -, mais rassembler la force politique que chaque citoyen a en lui. Chaque citoyen doit ressentir qu’il est un expert de sa vie et qu’un collectif bienveillant sera à l’écoute. Bienveillant dans l’échange, et non pas simplement en écoutant comme l’a fait Emmanuel Macron pour sa campagne.

L’échange, c’est : je vais vous représenter, parce qu’aujourd’hui c’est la loi, mais moi je mets en place une organisation qui vous permettra de réagir, d’échanger. Je compte sur vous pour m’imposer des lignes rouges, pour m’imposer des actions tout au long de mon mandat.

C’est un pari : faire confiance à l’expertise politique citoyenne de chaque individu. Individu qui en participant à cette nouvelle organisation, ce nouveau fonctionnement, où sa parole compte réellement, où chaque parole compte et se confronte, fait le premier pas de reconnaissance de l’interdépendance qu’il a avec les autres. Cette reconnaissance de l’interdépendance est l’assise politique qui permet ensuite de reconnaitre l’interdépendance que l’on peut avoir avec la nature et les générations futures.

Les premières constructions de listes participatives montrent que le pari peut être gagné et que, avec les outils qui émergent aujourd’hui, utilisés pour recueillir la parole de chacun et la transformer en vision collective, la bienveillance s’installe très vite et que l’écologie politique n’est jamais très loin. C’est même le seul pari qui s’impose contre le populisme.

Apprenons à utiliser ces outils et transformons-les en la base d’un nouveau fonctionnement des élus et de notre démocratie. N’attendons pas que des nouvelles règles soient votées au niveau des institutions. Commençons par nous les appliquer à nous-mêmes et à nos engagements.

Christian Olive,

Coopérateur EELV

Languedoc-Roussillon

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  • Oligarchie (de fait). Selon certains intellectuels, les sociétés contemporaines du monde occidental, même si elles se définissent en droit comme démocratiques, sont elles aussi concernées par une dynamique oligarchique. Ainsi, Hervé Kempf, dans son ouvrage intitulé L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie, met en exergue la concentration croissante du pouvoir décisionnel par une élite restreinte de dirigeants politiques, de grands chefs d’entreprises, d’acteurs financiers, de journalistes influents, etc. Ceux-ci constituent en effet une caste de plus en plus puissante, dont les membres délibèrent entre eux de décisions s’appliquant à l’ensemble de la population, alors que celles-ci ont pour finalité exclusive de servir leurs intérêts personnels. Ce constat amène l’auteur à estimer que les régimes étudiés sont oligarchiques de fait, et non plus démocratiques. Toujours d’après Kempf, cette idéologie qui suscite un consensus chez l’ensemble des « oligarques » a contribué à exacerber les inégalités au profit des « très riches », ainsi qu’à accentuer la relation entre capital détenu, prestige social et capacité à influer sur les principales décisions prises par un pays. Ceci aurait favorisé une collusion croissante entre les représentants politiques et les élites économiques ou financières afin de satisfaire des intérêts de plus en plus convergents, au détriment du « bien commun ». https://fr.wikipedia.org/wiki/Oligarchie
  • Le mandat impératif est le pouvoir délégué à une organisation ou un individu élu en vue de mener une action définie dans la durée et dans la tâche, selon des modalités précises auxquelles il ne peut déroger. Il s’oppose au mandat représentatif. https://fr.wikipedia.org/wiki/Mandat_imp%C3%A9ratif.

Une réflexion au sujet de “Le pari pour les municipales de 2020.

  1. Bonjour, changement de point de vue intéressant à EELV, mais serez-vous prêt à remettre en cause la façon même dont l’interaction entre « moment électoral » et politiques du quotidien se met en place ? Si, comme à Saillans, on vous propose une élection sans candidat.e.s ? Si au quotidien, il faut laisser de l’autonomie et des moyens à des institutions politiques communes, ni privées ni publiques ?

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