On parle bien du « cycle de la vie », alors…
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Il y a le monde de l’infiniment petit et aussi le monde de l’infiniment grand et dans ces mondes les masses «  pomme » ne tombent pas obligatoirement sur la tête des brillants penseurs. Les électrons, les photons, les trous noirs ne nous sont pas perceptibles et réagissent à l’encontre de nos sens. D’autres lois, d’autres postulats régissent leurs déplacements ; ces mondes ne fonctionnent pas comme nous les percevons, si nous nous contentons de nos capteurs humains… Et pourtant ils sont nous. L’infiniment petit, cela se comprend, mais aussi l’infiniment grand, et cela s’explique.

La création, quelle qu’elle soit, va d’un niveau abstraction absolue vers un niveau de concrétisation complet. Mais la nature a horreur du vide et elle ne saurait pas partir de rien pour aller nulle part… En fait, l’abstraction la plus absolue contient toute l’information d’une concrétisation complète… La création n’est donc pas un début mais un moment d’un cycle.

Il est établi qu’un individu qui se construit, qui se crée, quel que soit le sujet, passe par quatre phases qui vont de l’ignorance d’un sujet, qui le rend abstrait et sans intérêt pour cet individu, jusqu’à son assimilation pleine d’une richesse apportant son lot de satisfactions :

  • une phase de soumission où il est simplement une esquisse de lui-même. Si le sujet est la citoyenneté, c’est le moment où il est important « qu’on » lui donne les moyens du changement… On peut se demander qui est « on ». Ce changement passe par l’acquisition de connaissances et la mise en pratique, mise en situation qui permet une première prise de responsabilité et un début de détachement du « on ». La sortie de cette phase se fait par l’intuition d’être.
  • une phase d’opposition, c’est le moment de l’affirmation et du détachement du « on »… Plus les connaissances acquises dans la première phase sont larges, plus les objectifs de valorisations atteignables sont riches. La sortie de cette phase s’effectue par la conscience d’exister en tant qu’individu.
  • une phase d’individualisme, c’est le moment où le « on » n’existe plus, l’individu se conforme à ses propres règles. L’assimilation du sujet en création est à son maximum et c’est aussi le début enrichissant de la confrontation avec les autres, nécessaire pour continuer à développer ce perpétuel équilibre instable qu’est la vie. Cela peut aussi être le début de la stagnation et de l’affrontement. L’individu campé sur ses certitudes se réfugie dans cet équilibre stable qui rend agressif par frustration et qui n’est qu’ennui et lassitude. La sortie de cette phase s’effectue par la conscience d’exister en tant qu’individu/collectif, en tant que citoyen.
  • une phase d’autonomie où l’individu est reconnu en tant que tel et où il reconnait son interdépendance : ses propres règles tiennent compte de l’autre. C’est le moment où le libre arbitre dans sa dimension citoyenne peut exister. C’est le moment où collectivement ou individuellement l’individu peut devenir le « on »… La boucle est bouclée !

Si l’individu ne sort pas de la phase d’individualisme, il n’y a pas de « on », le cycle s’arrête et il n’y a plus de possibilité de créer… L’individu en phase de soumission y reste dominé par les « experts » individualistes. L’arrêt du cycle de citoyenneté enclenche un autre cycle : ces individus en phase d’individualisme ne peuvent faire « société » que par des « systèmes » sans humanité, puisqu’ils nient toutes interdépendances humaines. Démarre alors un cycle « système non collectif » se conformant à ses propres règles. L’individu resté individualiste se trouve en état de soumission, puisqu’il ne peut être qu’une esquisse du système. Le système n’est que « commun » et, à l’image de ses créateurs, unique et « individualiste ». Rapidement, il se conforme à ses propres règles et la première conséquence est qu’il n’est pas fait pour générer le « on » d’un cycle humain… Qui va disparaître ?

Triste fable.

La seule porte de sortie de ce cauchemar est de réamorcer le cycle. Aujourd’hui tout le monde l’entraperçoit, c’est que l’interdépendance de l’individu nécessaire à la continuation du cycle soit aussi assumée par un commun qui soit un collectif.

Interdépendance avec les autres, mais aussi avec la nature et les générations futures. En fait tout le monde le sait… Alors faisons-le.

De cette notion de cycle on peut extraire l’idée que le commun n’a de conscience, certains diront de spiritualité, que quand il est aussi le collectif… Sinon il n’est que matérialiste.

Soyons concret, la réduction de la dette de l’État est une préoccupation qui relève uniquement du commun assimilable à une gestion de stock. La défense de l’idée de service public est un engagement collectif sans cesse en mouvement… On retrouve ainsi l’opposition entre le flux et le stock portée par l’écologie politique et l’opposition entre l’équilibre statique mortifère et l’équilibre dynamique sans cesse à construire qui est la vie.

L’espoir se trouve dans l’évolution de nos sociétés… Nous avons franchi le premier pas, les adolescents ont désormais le droit de s’opposer et de sortir de la phase de soumission, alors que pendant longtemps ils ne furent que des adultes en miniature. Aujourd’hui, on en retrouve beaucoup dans la phase individualiste. Pour passer à la phase suivante et continuer le « cycle », il nous manque des lieux de confrontation. Ces lieux ou les actions, les projets, les idées du collectif se construisent pour sortir de l’isolationnisme individuel qui prône « tu réussis et les autres aussi » et pour construire une démarche participative où « tu réussis avec les autres ».

Bientôt les élections européennes et c’est l’idée principale que nous devrions afficher, des territoires et des régions autonomes animées par la conscience d’être interdépendants et qui portent et nourrissent l’Europe politique en faisant fi du pouvoir des nations qui ne sont qu’un lieu de gestion et d’administration. Intégrons que c’est cette notion d’autonomie, consciente de son interdépendance, qui fait les jours heureux, et faisons confiance aux structures où l’on peut mettre en place une gestion participative qui ne soit pas tuée par une représentation hiérarchique. C’est entre autres tout le challenge que mène l’essaimage du principe de fonctionnement des organisations municipales comme Saillans (Die).

Christian OLIVE

Coopérateur EELV

Languedoc-Roussillon

Une réflexion au sujet de “On parle bien du « cycle de la vie », alors…

  1. Étant les ignorants, ils sont les incléments.
    Hélas combien de temps faudra t-il vous redire.
    À vous tous que c’est à vous de les conduire.
    Qu’il fallait leur donner leur part de la cité,
    Que votre aveuglement produit leur cécité.
    D’une tutelle avare, on recueille les suites,
    Et le mal qu’ils vous font, c’est vous qui le leur fîtes.
    Vous ne les avez pas guidés, pris par la main,
    Et renseignés sur l’ombre et sur le vrai chemin,
    Vous les avez laissés en proie au labyrinthe.
    Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte.
    C’est qu’ils n’ont pas senti votre fraternité.
    Comment peut-il penser, celui qui ne peut vivre ?
    Quoi ! Pour que les griefs, pour que les catastrophes,
    les problèmes, les angoisses,
    et les convulsions s’en aillent, suffit-il que nous les expulsions.

    Victor Hugo. A ceux que l’on foule aux pieds (1872)

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