Il est temps qu’on les entende
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Le parisien

Silencieux depuis des mois, comme en retrait de la vie politique depuis son renoncement à se présenter à la présidentielle, Nicolas Hulot nous a reçus dans les bureaux de sa fondation, à Boulogne (Hauts-de-Seine). Oui, confie-t-il, même dans l’ombre, il joue un rôle actif dans cette campagne… et inspire les programmes de trois candidats : Hamon, Mélenchon et Macron. Sur la présidentielle, ses enjeux et son propre rôle, Hulot nous dit tout…

POURQUOI IL A RENONCÉ. «Me sentais-je à la hauteur ? Non»

Pourquoi ne vous êtes-vous pas présenté à cette élection ? Est-ce parce que vous aviez peur ?

Nicolas Hulot. Oui. Il y a un tel désarroi et cette campagne a un caractère tellement inédit que j’ai réalisé que je pouvais me retrouver au second tour si je me présentais. Me sentais-je à la hauteur ? Organisé, structuré intellectuellement, logistiquement et humainement pour assumer cette responsabilité ? La réponse est non. J’ai été pris de court. J’ai subi une espèce de pression qui me précipitait dans un rôle pour lequel je n’étais pas préparé. Pour se présenter à une élection présidentielle, il faut avoir une haute idée de soi et je ne suis pas, comme d’autres, habité par cette ambition. D’autant que je ne sous-estime pas la tâche. J’ai vu ce qu’était la fonction présidentielle auprès de François Hollande et mesuré quel calvaire cela peut être. J’ai bien compris ce que je pouvais apporter dans cette campagne. Mais je sentais qu’on forçait ma décision. En fait, j’étais entouré d’une multitude de gens, mais on me poussait tout seul au front. Cela m’a empêché de dormir pendant plusieurs mois.

Vous en avez déçu plus d’un ?

Le dernier jour où j’ai bossé à l’Elysée, Edgar Morin est venu me voir et m’a dit : « Ton destin ne t’appartient pas. Tu n’as pas le choix : tu dois te présenter. » Quand Edgar Morin vous dit ça, c’est dur de garder la tête froide. Des hommes et des femmes politiques, qui se sont présentés depuis, m’ont aussi fait offre d’alliance. Plutôt que de céder à cette espèce d’ivresse, j’ai résisté et je pense que c’était plus responsable de dire non que oui. Je ne vous dis pas que j’assume bien cette décision ni que je l’ai totalement digérée. Je croise chaque jour des gens qui me reprochent amicalement de les avoir abandonnés. Et mes amis politiques m’ont fait la gueule pendant trois mois. Mais maintenant, ils ont compris qu’il valait mieux que je travaille dans l’ombre en nourrissant les candidats de nos idées pour alimenter le débat.

Diriez-vous oui à un portefeuille ministériel ?

Ce n’est pas ça qui compte. Quel que soit le ministre en place, s’il n’a pas les moyens de sa politique, ça ne sert à rien. Je ne suis pas dans un jeu de rôle. Pour moi, les idées sont plus importantes que les hommes.

LA CAMPAGNE. «Je ne soutiendrai aucun candidat avant le premier tour»

L’écologie est-elle présente dans la campagne ?

J’étais plutôt programmé pour faire la grimace sur ces enjeux. Or je suis très agréablement surpris, en tout cas par une partie des candidats.

Etes-vous satisfait de l’accord entre Jadot et Hamon ?

Yannick a été courageux car il a fait une campagne difficile. Et ce qu’il a obtenu de Benoît Hamon est vraiment bien. Quant au parti écologiste, je pense qu’il faut rebâtir quelque chose de complètement nouveau. Parce que ça ne fonctionne plus. Ils portent une cause magnifique mais visiblement elle n’est pas reçue.

Et les autres candidats ?

Mélenchon a fait preuve d’un éveil que d’autres n’ont pas opéré. Entre lui, Hamon et Macron — converti de manière beaucoup plus récente et moins spontanée à mon avis — il y a une émulation.

Et à droite ?

Je déplore qu’une grande formation comme les Républicains développe une forme d’aversion envers l’écologie. Il y a eu un moment d’enthousiasme, avec Sarkozy et le Grenelle de l’environnement. Mais ils n’ont pas été rémunérés en termes électoraux et ils sont revenus à une indigence dans leur approche.

Fillon ne s’y intéresse pas ?

Je m’étonne qu’un homme qui se revendique comme catholique n’ait pas été imprégné par l’encyclique du pape qui sacralise cette cause, dressant un constat accablant et inquiétant.

François Fillon peut vraiment aller jusqu’au bout ?

Il n’y a que lui qui peut répondre. Mais une campagne présidentielle est un moment rare et je regrette que cette histoire nous détourne du fond. Tout ce temps que l’on passe à en commenter les aléas est une forme d’injure à la démocratie. Comme je l’ai fait avec d’autres candidats, j’ai un déjeuner prévu avec lui. S’il a demandé à me voir, c’est qu’il s’intéresse à mes sujets et ce serait une faute professionnelle que de ne pas répondre à sa demande.

Prendrez-vous parti pour un candidat ?

Mon rôle est plutôt de faire avancer des idées. Et je pense que c’est plus utile pour moi d’avoir nourri trois candidats (NDLR : Hamon, Macron, Mélenchon) que d’avoir pris parti pour tel ou tel. En clair, je ne soutiendrai aucun candidat avant le premier tour.

Si Marine Le Pen est au second tour, vous appellerez à voter contre elle ?

Je ne m’interdis pas de m’affranchir de ma neutralité en fonction de l’importance de la menace. Parce que certains pays européens se sont réveillés un matin avec l’extrême droite au pouvoir sans y avoir cru jusqu’à la veille.

Mais comment agirez-vous dans cette campagne ?

En lançant le 23 mars prochain une initiative avec de nombreuses associations. En France, il y a un grand parti, ignoré parce qu’il n’est pas structuré, qui représente potentiellement des millions de personnes. C’est le tissu associatif français. Ces organisations imaginent, expérimentent, changent le monde. Il est temps qu’on les entende.

LES ENJEUX. «Il faut un Grenelle de l’alimentation»

Exigez-vous la sortie du nucléaire ?

C’est un objectif de moyen terme. Alors que les énergies renouvelables sont de plus en plus compétitives, le modèle économique du nucléaire appartient au passé.

Et la fermeture de la centrale de Fessenheim ?

La fermeture de Fessenheim est importante mais elle pourrait avoir un coût social. Or ce qui est important aujourd’hui, c’est d’avoir un contrat de transition, c’est-à-dire un contrat social. Il va y avoir des emplois qui vont se transformer et on ne peut imposer cette mutation par la force des choses. Cette transition doit se faire de façon acceptée et acceptable. C’est vrai aussi dans l’agriculture.

Quelle est, selon vous, la réforme majeure ?

La fiscalité est pour moi la pierre de Rosette pour accompagner la transformation de nos modes de production et de consommation. Pour cela, il faut avoir une vision intégrale de la fiscalité avec deux principes. Premièrement, soulager la fiscalité du travail afin de « libérer » l’emploi. Ensuite, on déplace la fiscalité du travail prioritairement sur la fiscalité écologique, avec des prélèvements des ressources naturelles, des ressources énergétiques, des impacts environnementaux, mais cela doit être assorti d’une fiscalité incitative sur les biens et les services qui répondent aux contraintes d’aujourd’hui. Aucun des programmes des candidats n’a jusqu’à présent intégré cette vision globale de la fiscalité.

En 2007, vous aviez rédigé une charte à l’égard des candidats. Quel est votre agenda en 2017 ?

Il y a cinq ou six points centraux. Tout d’abord, adapter notre démocratie à un temps qui s’accélère. Je serais favorable à un septennat présidentiel. Ensuite, l’accélération de la transition énergétique, la réforme fiscale et le Grenelle de l’alimentation, de l’agriculture et de la production animale.

leparisien.fr

Une réflexion au sujet de “Il est temps qu’on les entende

  1. Un septennat présidentiel, c’est long. Quatre ans de pouvoir pour le président, ce serait plus souple, avec la condition de pouvoir renouveler le mandat. Un mandat présidentiel, c’est un peu comme un contrat de travail : on attend que le candidat fasse ses preuves.

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