Coopérer avec les coopérateurs
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Nous avons choisi d’affirmer au sein du mouvement EELV notre identité de coopérateur et pour cela, tout d’abord, il faut admettre que l’identité se produit comme d’autres biens matériels ou immatériels[1].
L’identité qu’elle soit personnelle ou collective n’est en fait jamais naturelle, elle est toujours construite, résultant d’une activité incessante de différentiation1 ; pourtant nous ne l’avons pas toujours perçue comme cela, elle semblait plus « innée » ; ce qui nous la fait percevoir comme une production à caractère artificiel, c’est qu’elle ne profite plus d’une construction qui s’appuie sur le temps long et ne s’inscrit plus dans le prolongement de la différentiation des pratiques et des usages, qui fait que groupes et individus sont distincts.
Aujourd’hui, elle s’exerce de façon autonome, sans se préoccuper de continuité et sans qu’il y ait de relation nécessaire avec les traditions culturelles de la collectivité qu’il pourrait s’agir de valoriser.[2]
Aujourd’hui l’identité propre à l’individu se crée de manière générale au travers de sa consommation, elle n’est pas collective. C’est une identité « compétitive ». Elle enferme l’individu qui se construit en tant qu’œuvre n’interférant qu’avec elle-même. Les grands régulateurs qui dominent sont le marché et l’État et représentent les choix collectifs, qui sont les choix politique.

Les individus écologistes cherchent eux à se construire une identité ou les régulateurs, plus transversaux, sont :

  • L’individu doit pouvoir exercer son libre arbitre, c’est son bien être.
  • Le collectif est choisi et conduit par l’individu qui se nourrit de l’autre et est reconnu.
  • Cet intérêt collectif résulte d’une volonté naturelle d’amélioration de la résilience de l’être humain.
  • Pour obtenir cette résilience l’être humain collabore et coopère avec la nature.

Cette identité collective écologiste a besoin d’être « ouverte » et s’appuie sur une circulation des biens, des services et des idées, construite à partir de l’idée du don propre aux réseaux, où n’interviennent pas le marché et l’État.
Dans la famille ou dans la société, le monde des réseaux fonctionne au don et à la dette, et non à l’équivalence, comme dans le marché, ou à l’égalité, comme dans l’État.
Quand les réseaux fonctionnent bien, cette dette est positive ; elle n’engendre ni angoisse ni aliénation, mais confiance et désir de loyauté.
C’est à travers la relation de dette positive, de don et de contre-don que se forment ou se déforment les identités.
Sans cette relation, il n’existe pas véritablement d’identité satisfaisante, et sans identité on ne peut être qu’exclu ; on n’existe pas, souvent on rejette l’autre et on ne participe pas au collectif….. Sans cette identité on ne peut rebondir, échanger, alimenter ; on n’appartient à aucun réseau.[3] La notion de tissage disparaît : « déliaison », désaffiliation, déqualification, disqualification. Il y a danger, l’individu ne s’appuie plus sur rien et cherche par tous les moyens à tenter de retrouver son équilibre même en abandonnant en partie ou en totalité la construction de sa propre identité au profit d’une identité collective dominante.
Le monde est complexe, l’individu est complexe, au sens où il s’inscrit dans un ensemble de schémas systémiques. De fait, en étant en marge, disqualifié, il peu perdre toute complexité.
La difficulté d’un collectif qui veut exister en respectant la complexité de l’individu est de ne pas dépasser le simple système d’assistance qui n’offre qu’un unique non-retour, qu’une dette. Il n’existe pas de relation de dette positive, de don et de contre-don, d’où une perte de l’identité propre de l’individu au bénéfice d’un collectif hétéronome qui lui impose « ses lois » et qui construit sa propre identité à son détriment
Cette forme d’assistance, que nous reproduisons sociétalement ou associativement de manière profane, engendre de nouvelles stratifications sociales et sociétales : superpositions de dispositifs (souvent d’urgence) ; qui dit superposition dit hiérarchie des catégories, d’où un effet pervers de maintien, de statu quo. Les personnes sont enfermées et se construisent, figées de façon durable dans des dispositifs conçus pour elles ; l’incohérence s’installe.

Le principal phénomène qui permet d’éviter cet écueil est d’introduire la notion de partage, non pas le partage qui divise en compétition avec l’autre mais le partage qui a le goût de l’autre et qui fait grandir, comme partager ses connaissances[4], partager son bonheur, partager ses peurs.

Ce partage naturel des peurs qui a porté la montée en puissance de la « protection de l’environnement » et de la réponse simpliste de l’environnementalisme, nous devons le transformer en réponse complexe adaptée à la mise en place d’actions porteuses d’une politique écologiste.

Il semble donc nécessaire d’initier une pensée et des actions qui battissent une existence de la coopérative en mettant en place des actions « transversales » incitatives de par la volonté de construire des coopérateurs.

Nous devons décider dans quel temps nous sommes, très court ou court, et pour cela faire les efforts nécessaires pour construire une identité de coopérative.

C’est pourquoi je vous propose pour permettre au coopérateur de coopérer d’utiliser l’outils que sont les ateliers scénarios[5] en les adaptant à notre démarche et en les nommant « Atelier du gada » (illustré par un petit personnage sympathique qui serait le gada). Plus d’info : http://www.spiral.ulg.ac.be/fr/outils/atelier-scenario/

Cela nécessitera une pratique et sûrement une formation d’animateur, mais avons nous le choix…. si nous choisissons cette solution ?

 

 

 

1 Des identités exemplaires : La ville avant les habitants Alain Morel

 

2 Les ethnologues le feront volontiers sachant que « l’identité se réduit moins à la postuler ou à l’affirmer qu’à la refaire, la reconstruire » (Lévi-Strauss 1977 : 332).
Ensuite il nous faut aussi admettre, comme nous y invite Marc Augé, que nos sociétés mettent en œuvre de « formidables mécanismes de production artificielle de l’identité » (Augé 1991 : 33).

[2] Allant plus loin, on peut même se demander quelle est aujourd’hui la place pour une production plus traditionnelle d’identité engendrée par les « matrices spécifiques » (Brückner et Valarié 1987 : 5) que constituent les diverses sociétés locales.
[3] En ce sens, c’est une « notion molle », pour reprendre R.CASTEL

[4] biomimétisme : Idriss Aberkane

 

5 Un bref descriptif Cette méthode est une variante des conférences de consensus tout en appartenant à la catégorie des panels de citoyens alliant les démarches prospective et délibérative. Dans un premier temps, quatre groupes d’acteurs locaux – résidents, experts, décideurs publics et représentants du secteur privé – sont réunis pour une session de brainstorming sur deux à quatre scénarios. Ils établissent des priorités et des zones de consensus. Dans un second temps, les participants travaillent ensemble à l’élaboration du plan d’action. L’objectif est de faire passer les participants du stade de l’attitude critique à celui d’action constructive.

 

 

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