Quelle écologie voulons-nous ? L’écologie profonde !
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Il y a d’innombrables façons de séparer l’écologie en deux entités distinctes. Il y a la version historiquement datée d’André Gorz de 1992(1) : « Écologie scientifique vs écologie politique ». En fait, l’écologie scientifique précède l’écologie politique et la nourrit de ses découvertes. Il y a l’approche idéologique et biaisée de Luc Ferry pour qui il faut nécessairement choisir entre l’écologie anti-humaniste (de l’écologie profonde) et une écologie réconciliée avec l’humanisme démocratique. Dans son livre de 1992, Le nouvel ordre écologique(2), sa méconnaissance de la non-violence gandhienne d’Arne Naess(3) est immense. Nous y reviendrons. Il y a le livre de Romain Felli paru en 2008, Les Deux âmes de l’écologie(4) : une écologie « par en haut », dans la lignée du développement durable, une écologie « par en bas », que pratiquerait l’écologie politique. Il y a la préférence des croyants d’opposer écologie humaine et écologie environnementale. Ils préfèrent en 2014 parler d’écologie « intégrale »(5) : on ne peut protéger le milieu humain sans protéger le milieu naturel, écoutons ce que disent les papes. Il y a l’écologie de droite (« vert’libérale »(6)) et l’écologie de gauche, opposition qu’on retrouve surtout au moment des élections… en Suisse, mais aussi au sein d’EELV. Il y a l’écologie dite « réaliste » de François de Rugy et l’écologie voulue « pragmatique » de Nicolas Hulot quand il était ministre. Il y a l’écologie « molle » et l’écologie « essentielle », distinction exposée fin septembre 2018 par Aymeric Caron devant des membres d’Utopia.

Il y a surtout le livre L’écologie est politique(7) de Catherine Larrère, Lucile Schmid, Olivier Fressard, pour la Fondation de l’écologie politique, qui oppose « écologie superficielle » et « écologie profonde » et redonne ainsi ses lettres de noblesse à Arne Naess. Extraits de leur petit livre de 2013 (64 pages pour deux euros) :

« D’un côté des politiques sectorielles de protection de la nature et de prévention des risques, confiées à un ministère en position de faiblesse vis-à-vis d’autres ministères. De l’autre, l’apparition de partis verts porteurs d’un projet global de transformation de la société. Entre politiques écologiques et écologie politique, la dissymétrie semble évidente : c’est celle du superficiel et du profond, du sectoriel et du global. On peut considérer que le développement durable tel qu’il est défini dans le rapport Brundtland relève de l’écologie superficielle ; il ne vise qu’à limiter les excès du capitalisme en cherchant avant tout à le perpétuer. […]

Quelle place allons-nous donner dans notre vie aux questions écologiques : marginale ou centrale ? Arne Naess fait une opposition entre shallow ecology et deep ecology. L’une se préoccupe de remédier, par des moyens techniques, aux pollutions et à l’épuisement des ressources, tout en maintenant le bien-être des pays nantis. L’autre cherche à modifier l’ensemble des relations des hommes à leur environnement. Arne Naess insistait non seulement sur le rapport des hommes à la nature, mais aussi sur les droits des êtres de nature. Il distingue des remèdes superficiels aux problèmes écologiques et une transformation de fond de notre mode de vie. »

En tant qu’universitaire à Oslo durant trente ans, Arne Naess a exposé la philosophie de Gandhi. Il en tirait l’enseignement suivant dans Economie, communauté et style de vie(8) :

« Maximiser le contact avec votre opposant est une norme centrale de l’approche gandhienne. Plus votre opposant comprend votre conduite, moins vous aurez de risques qu’il fasse usage de la violence. Vous gagnez au bout du compte quand vous ralliez votre opposant à votre cas et que vous en faites un allié»

Michel Sourrouille

Coopérateur EELV

Poitou-Charentes

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