Extension de l’obligation vaccinale : tribune co-signée dans Libération avec Ruffin / Cohen et Dietrich
Partager

Michèle Rivasi (députée européenne écologiste, normalienne agrégée en biologie) »

Bonjour,

Je vous invite à lire la tribune publiée ce jour par Libération que je co-signe avec la sénatrice communiste Laurence Cohen, le député FI François Ruffin et l’ex secrétaire général de la Conférence nationale de santé Thomas Dietrich contre l’extension de l’obligation vaccinale et le grossier passage en force du gouvernement sur un sujet aussi sensible.

Cette tribune, qui traite de la forme et du « bafouement » des règles élémentaires de la démocratie sanitaire, fait suite à la conférence de presse que j’ai organisée début octobre à l’Assemblée avec la députée de la République en Marche Blandine Brocard qui, semoncée par le Président de groupe majoritaire Richard Ferrand, a préféré retirer sa signature de ce texte.

Attaquée récemment par des professionnels de santé dans plusieurs médias (Télérama, La Recherche…), voilà le droit de réponse que j’ai préparé et qui résume ma position « vaccin-critique » mais non anti-vaccin:
« Je tiens à préciser que j’ai toujours été favorable au principe de la vaccination mais je refuse l’infantilisation et la culpabilisation des parents avec l’extension de l’obligation vaccinale et juge fondée la défiance de la moitié des français envers les vaccins suite aux scandales sanitaires répétés, à l’épidémie de confits d’intérêts entre les autorités sanitaires et l’industrie pharmaceutique, à la capture scientifique du lobby pharmaceutique sur les régulateurs et sur l’expertise…

Louis Pasteur affirmait : « Ayez le culte de l’esprit critique… sans lui, tout est caduc ». Comment peut on affirmer que les sels d’aluminium comme adjuvants dans les vaccins n’ont aucun effet sur l’organisme alors même que l’ANSM assure que des recherches sur d’éventuels effets neurologiques dus à leur présence nécessitent « des approfondissements ».

L’enjeu qui doit nous animer est de restaurer la confiance en instaurant la transparence sur la balance bénéfices / risques de chaque vaccin, en purgeant les agences sanitaires des liens d’intérêts sapant l’intérêt général, en créant un pôle d’expertise indépendant, en mettant sur le marché des vaccins sans adjuvants aluminiques…

La responsabilisation des parents, la transparence de l’information et la liberté de choix thérapeutique doivent être également les piliers de la démocratie sanitaire.

 

Michèle Rivasi (députée européenne écologiste, normalienne agrégée en biologie) »

Je vous rappelle également les rassemblements prévus dimanche à 14h dans 10 villes de France.

Bon we à tous. Je vous embrasse,

Michèle,

http://www.liberation.fr/debats/2017/10/13/l-extension-de-l-obligation-vaccinale-ca-se-discute_1602411

L’extension de l’obligation vaccinale : ÇA SE DISCUTE !

 

  • Laurence COHEN (sénatrice, PC / Front de gauche)
  • Thomas DIETRICH (ex secrétaire général démissionnaire de la Conférence nationale de santé)
  • Michèle RIVASI (députée européenne, EELV)
  • François RUFFIN (député, La France Insoumise)

 

L’été a été l’occasion d’une piqûre de rappel, douloureuse pour certains. Les Français-es  partaient à peine en vacances qu’ils apprenaient de la bouche de la nouvelle Ministre de la santé, Agnès Buzyn, qu’il y aurait dès janvier 2018 non plus 3, mais 11 vaccins obligatoires. L’idée d’étendre l’obligation vaccinale n’était pas nouvelle. Lors de la passation de pouvoir en mai dernier, l’ancienne Ministre Marisol Touraine – la même qui s’exclamait « la vaccination, ça ne se discute pas ! » – avait confié avoir préparé un projet de loi sur la question, qu’elle laissait en héritage à son successeur.

 

Sauf que le passage à 11 valences obligatoires intervient dans un climat de méfiance, voire de défiance grandissante envers les vaccins, alimentée par les scandales sanitaires répétés (hépatite B, grippe H1N1…) ou encore la multiplication des conflits d’intérêts entre les autorités sanitaires et les lobbys pharmaceutiques. En effet, selon un récent sondage, 41% des citoyen-ne-s estiment que les vaccins ne sont pas sûrs. Et ils sont pour une part importante opposés à l’idée d’une extension de l’obligation vaccinale, pour le moment limitée au DT-polio. C’est si vrai que le jury citoyen de la concertation sur la vaccination, organisée par le Ministère de la santé fin 2016, avait conclu : « Pour la moitié d’entre nous, lever le caractère obligatoire faciliterait le recours à la vaccination. Les gens se sentiraient moins contraints ce qui éviterait des résistances fortes à la notion même d’obligation. »

 

Les professionnel-le-s de santé ne sont pas en reste. 34 % d’entre eux jugent que les vaccins présentent des risques, notamment en raison de la présence dans les adjuvants de sels d’aluminium, sujets à controverse (voir les derniers travaux des professeurs Gherardi et Authier). Le jury de professionnel-le-s de santé de la concertation de 2016 s’était montré, quant à lui, très critique vis-à-vis d’une possible extension de l’obligation vaccinale : « L’obligation vaccinale devrait s’effacer au profit d’une adhésion de la population à l’acte vaccinal. (…) Le principe d’obligation n’instaure pas la confiance, pire, il est contre-productif. Sortir de l’obligation permettrait une plus grande responsabilisation des parents, des citoyens mais aussi des adolescents. »

 

Pourtant, les pouvoirs publics n’ont nullement tenu compte des préconisations de la concertation prétendument citoyenne. Pire, il se sont aventurés en sens inverse, au mépris de la démocratie la plus élémentaire. Le président du comité d’orientation de la concertation, le Professeur Alain Fischer, ne s’est-il pas, lui-même, empressé d’annoncer, comme s’il fallait rectifier « le péché originel » des deux jurys : « Le comité d’orientation recommande le scénario d’un élargissement temporaire de l’obligation vaccinale de l’enfant avec clause d’exemption jusqu’à ce que les conditions soient réunies pour une levée de l’obligation. » Et Marisol Touraine, puis Agnès Buzyn, de suivre sans hésitation cette recommandation, en y ôtant au passage la clause d’exemption et le caractère « temporaire » de l’obligation. C’est ainsi que cette extension de l’obligation vaccinale se retrouve greffée de manière assez surprenante, sous forme d’un cavalier législatif, au projet de loi de financement de la Sécurité Sociale (PLFSS), actuellement en débat au Parlement.

 

Que cela soit dit sans ambages : nous ne sommes pas contre les vaccins, bien au contraire. Nous y sommes même résolument favorables. Nous savons les progrès spectaculaires que la vaccination a permis et permet encore en termes de lutte contre la mortalité infantile et les maladies infectieuses. Qui se souvient que dans un passé pas si lointain, une épidémie de variole faisait rage à Vannes (1955) et qu’un président des Etats-Unis, Franklin D. Roosevelt, était cloué sur une chaise roulante par la poliomyélite ? Et que ces maladies ont été vaincues grâce aux vaccins ?

 

Notre propos est ici tout autre. Il est de clamer haut et fort qu’il serait à l’heure actuelle parfaitement déraisonnable d’étendre l’obligation vaccinale, alors que nombre de citoyen-ne-s émettent des doutes sur les vaccins. L’opinion de centaine de milliers de parents ne peut être ignorée, surtout en matière de santé publique. Comme ne peuvent être négligées les interrogations scientifiques sur l’éventuelle dangerosité des vaccins, allant de la suspicion sur les adjuvants contenant des sels d’aluminium à celle sur les vaccins contre l’hépatite B ou encore contre le cancer du col de l’utérus. Il est par ailleurs de notoriété publique que les vaccins représentent une part de plus en plus importante de l’innovation et surtout du chiffre d’affaires des laboratoires pharmaceutiques : 20 milliards d’euros en 2012, 42 en 2016 et 76 prévus en 2025. La « Big Pharma » ne peut donc que se réjouir de l’effet d’aubaine que représente le passage à 11 vaccins obligatoires ; et peu importe si l’on ignore encore si cela sera exempt de tout risque pour l’enfant.

 

Avant de décider d’une éventuelle extension de l’obligation vaccinale, il est impératif d’organiser un véritable débat public ; et non une pseudo-concertation cornaquée par le Ministère, où les réponses seront décidées avant même d’avoir posé les questions. Les citoyen-ne-s, les professionnel-le-s de santé pourront s’y exprimer et une fois n’est pas coutume, leur parole sera prise en compte. Ce sera également l’occasion de mettre tous les scientifiques concernés autour de la table, après avoir préalablement vérifié leur indépendance vis-à-vis des laboratoires pharmaceutiques. Ainsi et seulement ainsi, nous serons susceptibles de parvenir à un véritable consensus de la communauté scientifique sur les effets secondaires de tel ou tel vaccin, ou sur l’innocuité des sels d’aluminium dans les adjuvants. Ainsi et seulement ainsi, nous parviendrons à restaurer la confiance des Français-e-s en la vaccination, et éviterons un scénario à l’italienne où l’extension de l’obligation a voulu être imposée à marche forcée, et a suscité une véritable curée – 130 familles transalpines ayant demandé l’asile politique en Autriche pour y échapper. Que ferons-nous quand des familles hexagonales, confrontées à l’interdiction d’inscrire leurs enfants non-vaccinés en crèche ou à la maternelle, préféreront les mettre définitivement en marge de l’école de la République, avec toutes les conséquences d’exclusion sociale que l’on peut imaginer ?

 

D’autant que la couverture vaccinale reste relativement bonne et est même en net progrès pour certains vaccins (90,7 % en 2015 pour le vaccin contre l’hépatite B, contre 34,9 % en 2008). A l’exception notable du vaccin contre le méningocoque C, la plupart des vaccins aujourd’hui recommandés, demain obligatoires, tutoient l’objectif des 95 % fixés par l’OMS pour une couverture vaccinale optimale. Il est à noter que la Suède a une couverture vaccinale de 96 %, et a pourtant rejeté le principe de l’obligation vaccinale. Il faut donc ne pas se précipiter sur ce sujet extrêmement sensible, prendre le temps d’un débat indépendant et transparent, convaincre plutôt que contraindre, responsabiliser plutôt que forcer. Cela ne sera peut-être pas du goût des lobbys pharmaceutiques ; mais cela sera à coup sûr bénéfique pour la démocratie et surtout, pour la santé de nos enfants.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *